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Lutte contre le CO2: viande ou de voiture? PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 23 Décembre 2009 15:20

Article rédigé par Pierre Custaud avec la complicité de Georges Baroni et Pierre Gaugain.

Sujet :

Lequel des deux usages suivants est le plus influent sur le réchauffement climatique:

L'usage de la voiture ou la consommation de viande ?

Avant d'apporter une réponse à cette question, il est  utile de rappeler l'article suivant sur ce sujet:

Lord Stern: devenir végétarien pour lutter contre le réchauffement climatique 27/10/09

L'une des plus influentes autorités sur le réchauffement climatique dénonce les effets de l'élevage animal. De notre correspondant à Londres

Manger de la viande va-t-il devenir socialement inacceptable ? Nicholas Stern, l'auteur, en 2006, d'un des plus influents rapports sur le changement climatique et autorité sur ces questions, n'est pas loin de le penser. Un peu comme vis-à-vis des automobilistes en état d'ivresse, notre tolérance vis-à-vis de ceux qui ne s'orientent pas vers un régime végétarien va diminuer au cours des prochaines années, compte tenu des conséquences pour la planète de l'élevage d'animaux, explique ce Lord britannique dans une interview au " Times " de Londres.

" La viande entraîne un gaspi d'eau et crée beaucoup de gaz à effets de serre. Elle exerce une pression considérable sur les ressources de la planète. Un régime végétarien est bien meilleur, " explique Lord Stern.

Le méthane, en grande quantité dans les flatulences des vaches et des cochons, aurait un impact sur l'effet de serre 23 fois plus puissant que le carbone. Selon les Nations Unies, la production de viande serait également responsable de 18 % des émissions de carbones si l'on inclut les gaz émis par toute la chaîne des fermes d'élevages à la production de nourriture pour les animaux, écrit le " Times ".

Les éleveurs britanniques ont accueilli froidement les propos de Lord Stern. Un membre du Syndicat national des paysans (NFU) a estimé que " devenir végétarien n'était pas la solution dont le monde a besoin. " Les paysans veulent des " politiques basées sur des preuves ", a-t-il ajouté. Hier, les sceptiques face au rôle de l'homme dans le réchauffement climatique n'ont pas tardé à voir dans les propos de Stern la preuve de l'" hystérie " des leaders du mouvement mettant en garde contre l'effet de serre.

Cependant pour Lord Turner, qui ne se définit pas comme strictement végétarien, un accord au sommet de Copenhague du 7 au 13 décembre prochain s'accompagnerait d'une forte augmentation des coûts de production de la viande et des autres denrées générant des gaz à effets de serre. L'émergence des classes moyennes indiennes et chinoises accroît fortement la demande de viande sur la terre.            NICOLAS MADELAINE, Les Echos


Ma réponse (qui n'en est qu'une) :

1) la voiture : Il faut traduire «la voiture» par «les transports».

Les transports utilisent presque exclusivement des énergies fossiles: pétrole, charbon, gaz...uranium

Cette utilisation est soit directe, soit indirecte par l'utilisation de l'électricité elle même produite essentiellement par le pétrole, le charbon, le gaz et pour seulement 4% par l'uranium (dans le monde et 16% en France)

En brûlant, 1 kg de pétrole,  dégage 3,4 kg de CO2,  et pratiquement pas de méthane (CH4)

1 kg de charbon, dégage 3,6 kg de CO2, et pratiquement  pas de méthane (CH4)

1 kg de gaz,   dégage 2,7 kg de CO2,   et pratiquement pas de méthane (CH4)

(Ces nombres sont largement arrondis et ne représentent que des ordres de grandeur)

(Quand 1kg dégage 3kg de CO2 c'est qu'il a pris 2 kg d'O2 dans l'air)

A partir de ce constat, deux approches sont possibles :

l'une globale:

Notre utilisation des énergies fossiles dégage 25 milliards de tonnes de CO2 par an dans l'atmosphère de notre Terre.  Les responsabilités de ces dégagement sont réparties comme suit:

Production et distribution d'énergie:  34% (dont  le raffinage des produits pétroliers et la production d'électricité, entre autre, pour les trains)

Industrie manufacturière:    29% (dont fabrication des véhicules, trains, avions etc.)

Transports:                       23%

Résidentiel et tertiaire:        14%

Total:                              100%

Ainsi, les transports sont l'origine directe du rejet de 6 milliards de tonnes de CO2 par an dans notre atmosphère.

Mais il faut tenir compte que la fabrication des véhicules, routes, etc. est comptée dans l'industrie, et que le raffinage du pétrole est compté dans la production d'énergie

Ainsi, la part réelle des transports est bien supérieure à 23% et donc à 6 milliards de tonnes de CO2.

La part des transports dans les rejets de gaz à effet de serre sur Terre est proche  de 38% et produit environ 10 milliards de tonnes de CO2 par an.

L'autre,  individuelle:

Une voiture individuelle parcourant 100 km rejette environ 14 kg de CO2.

 

2) La viande : (et le lait)

Ici aussi, deux approches sont possibles:

L'une globale:

La fermentation entérique (digestive) dégagerait :

1.792 millions de tonnes d' équivalent  CO2/an (University of Aberdeen 01/2008)

 

L'autre,  individuelle:

La lecture des documents publiés par l'INRA  permets de comprendre que si la production d'un kilo de viande rejette des poids importants de méthane (CH4) dans l'atmosphère, ce poids est extrêmement variable selon la méthode utilisée.

kg de CH4  par  kg de viande (muscle) produit par

0,34 à 0,53 kg   bovins de races laitières

0,56 à  1,06 kg  bovins de races à viande     3 entre 800 et 1 500 litres par kg de muscles

Par ailleurs, le méthane à un pouvoir de réchauffement 21 fois supérieur à celui du CO2.

En revanche, la durée de vie dans l'atmosphère est d'environ un siècle pour le CO2, et de 12 ans pour le CH4.

Pour comparer les effets de la production de viande avec celle de la combustion du pétrole, il faut donc convertir le tableau précédent.

kg de CH4     soit en équivalent kg de CO2   par   kg de viande (muscle) produit par

0,34 à 0,53 kg  soit  7,14 à 11,13 kg  de CO2                bovins de races laitières

0,56 à  1,06 kg  soit 11,76 à 22,26 kg de CO2                bovins de races à viande

de même ce type de calcul indique pour le lait:

0,38  à 0,61 kg de CO2  par  litre de lait

 

Il est  important de noter que l'étude en question ne prend pas en compte le fait qu'un ruminant consomme de l'herbe, et que cette herbe est un capteur de CO2.

Les nombres précédents sont confirmés par une autre étude du MEDD (ministère de l'écologie et du développement durable) laquelle montre que le rôle de l'herbe (puits de carbone) diminue de 30 % environ ce bilan GES (gaz à effet de serre).

Pour (trop) simplifier à l'extrême, les nombres ci-dessus deviennent:

la production d' 1 kg de viande (muscle*) émet 10 kg d'équivalent CO2

la production d' 1 litre de lait     émet      0,5 kg d'équivalent CO2

*attention, les consommations sont souvent données en TEC (tonne équivalent carcasse).

Sur ces bases:

Première conclusion:

Globale:

Les transports sont à l'origine du dégagement de 10 milliards de tonnes de CO2 par an.

La production de viande serait à l'origine directe du dégagement de 1,8 milliards de tonnes d'équivalent CO2 par an, auquel il faut ajouter les dégagements indirects: production de nourriture et transport.

Individuelle:

Le déplacement d'une voiture sur 100 km à la même conséquence sur le réchauffement de notre Terre que la consommation de 1,4 kg de viande ou 28 litres de lait.

Ces nombres, qui n'ont qu'une valeur pédagogique, peuvent être fortement modifiés par d'autres considérations.

A titre d'information, en me basant sur une consommation de 12 kg de viande (*) consommée par an, l'économie réalisée par un mangeur de viande qui deviendrait végétarien serait équivalente à rouler 860 km de moins par an.

*attention, les consommations sont souvent données en TEC (tonne équivalent carcasse). En TEC, cette consommation est donnée vers 90 kg TEC (Tonne Équivalent Carcasse)

De même, ne plus manger du tout de laitage, (à raison de 400kg par an: lait, fromages etc.)  serait équivalent à rouler 1400 km de moins par an.

Tous ces calculs peuvent sembler superflus, mais ils construisent une image finalement très proche de celle d'autres scientifiques que je cite tel que je l'ai relevé sur leurs sites:

«Combien j'économise en mangeant moins de viande ?

La consommation de viande de bœuf étant de l'ordre de 12 kg par an (source Credoc), et un bœuf donnant en moyenne 300 kg de viande ( Source CIV) l'économie réalisée par un mangeur ordinaire de viande qui deviendrait végétarien serait équivalente à rouler 370 km de moins sur l'année (avec une voiture qui produirait 140g de CO2 au km).

Combien j'économise en mangeant moins de laitage ?

La consommation moyenne de produit laitiers en France étant de l'ordre de 400 kg de lait par an (sous forme de produit frais, de fromage ou autre / source INRA) et une vache en produisant de l'ordre de 5 tonnes par an, ne plus manger de laitage du tout reviendrait à économiser 208 kg de CO2, soit l'équivalent de 1485 km de moins.»

Conclusion:

Un Français parcoure en moyenne 13 000 km de voiture par an.

Il faut savoir que, dans cette réalité statistique, la moitié des déplacements sont faits sur des distances inférieures à 2 km. (Ce qui ne constitue pas la moitié des km parcourus)

Ainsi, il serait simple d'économiser plusieurs milliers de km par an et par Français.

(C'est toujours une moyenne. Celui qui habite à 2 km de son travail, des écoles de ses enfants etc. ne devrait pas parcourir plus de 5000 km par an. Et celui qui habite à plus de 10 km de son travail et ne dispose d'aucun moyen de substitution ne pourra pas économiser grand chose, sauf à co-voiturer)

En revanche, en se privant totalement de viande et de tout produit laitier, il économisera  environ    2 000 km d'équivalent voiture par an.

Il est à craindre que la surface agricole ainsi économisée soit convertie, en bonne partie, en production d'agrocarburant !!!!! Ce serait une catastrophe.

La consommation de viande et de produits laitiers génère une production de gaz à effet de serre (GES) qui devient trop importante par les excès de notre société sans limites, mais cette production de GES reste moins importante que celle émis par les transports eux aussi sans limites notamment par la voiture individuelle.

Oui, les dérives extrémistes du productivisme sans conscience qui conduit à un élevage intensif de bovins uniquement pour la viande, nourris uniquement de produit importés de l'autre bout de la Terre, affamant les populations locales et, oh paradoxe, conduisant à une nouvelle génération d'obèses, dans un dégagement sans limite de gaz à effet de serre, doivent être dénoncées et combattues.

Oui, la consommation raisonnée et raisonnable de viande constitue un moyen de lutte contre le réchauffement de notre Terre.

En revanche, les agriculteurs qui nous procurent des produits laitiers et de la viande de qualité en travaillant leur terre, en respectant leurs animaux, en entretenant la nature, en faisant contre poids à   une citadinisation sans limite , doivent être respectés et surtout doivent pouvoir vivre décemment de leur travail.

Pour ce qui me concerne, pendant 14 ans de ma vie professionnelle, j'ai parcouru 35 000 km de vélo pour mes déplacements domicile travail et j'ai ainsi économisé 4,9 tonnes de CO2.

Je continue à limiter mes déplacements et à les faire à pieds, à vélo, en bus ou en train chaque fois que je peux.

En revanche, c'est tranquillement que je déguste du conté ou du fromage de chèvre, après m'être pourléché les babines d'un beau poulet ou gouté à une côte de porc. De plus, j'envisage tout aussi tranquillement, lors de fêtes,  de faire fondre dans ma bouche un peu de foie gras accompagné d'un peu de vin.

Conclusion des conclusions: la consommation de viande (et de produit laitiers) génère des quantités d'équivalent CO2 très importantes, mais inférieures à celles dégagées par les transports.

Dans un cas comme dans l'autre, une consommation raisonnée et raisonnable permettra une économie de dégagement de gaz à effet de serre absolument nécessaire à la survie de notre Terre.

Dans un cas comme dans l'autre, chacun doit réagir et agir pour notre planète.

Mais il ne faut stigmatiser personne.

La viande, produite dans un économie agricole paysanne, est un vecteur renouvelable d'énergie.

Les énergies fossiles ne sont pas renouvelables.

 

Pierre Custaud Ingénieur BTP et militant Vert

 

PS: entre autre les adresses des sites que j'ai consultés pour rédiger le présent document sont indiqués ci-dessous, ainsi que la première contribution d'un Verts militant.

http://www.inra.fr/productions-animales/spip.php?article545

http://www.ecologie.gouv.fr/IMG/pdf/restitution-6-01.pdf

http://www.ddmagazine.com/960-Une-vache-combien-de-CO2.html

http://granit.jouy.inra.fr/productions-animales/1995/Prod_Anim_1995_8_4_04.pdf

 

Dans l'évaluation de l'émission de GES par les transports - exception faîte pour les transports électriques, trains, tramways, etc - n'est pas inclus la fabrication du carburant.

En effet "du puits à la roue" il y a une émission de GES non négligeable.

Par exemple dans l'exploitation pétrolière l'émission de CH4 et de CO2 est loin d'être négligeable. Ensuite, le transport du brut ( bateaux)ou du produit fini (bateaux, train, camion - 25% du gasoil consommé en France comme en Europe provient de Russie ou du marché spot de Rotterdam ce qui veux dire qu'il peut aussi venir du Venezuela!) est aussi générateur de GES. Puis le raffinage. Alors là c'est le secret le mieux gardé car, le prix du brut à l'entrée de la raffinerie étant bien connu, on pourrait en connaissant la quantité de CO2 et de fuites permanentes de gaz générés ( CH4 et halocarbures entre autres) connaitre la marge financière de la raffinerie ce qui plairait beaucoup à la concurrence et à l'Etat.  Des appareils de mesure de CO2 et débit fumée ont été installés sur plusieurs raffineries mais pas question de connaitre les résultats permanents.

Tout cela pour dire que probablement la quantité de GES émis par les transports est plus élevée que les chiffres fournis à partir des carburants consommés.

Un chiffre : Méthane résultant de la fermentation entérique : 1.792 millions de T équiv CO2/an (University of Aberdeen 01/2008) donc déjà environ 30% des émissions transports.

 

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